Transat des alizés nov. 1987

Chapitre 8 page 1.

TRANSAT DES ALIZES 1987 : Monsieur HOMAIS à l'écoute...
Le récit d'une transat du 15 Novembre au 12 décembre 1987

Résumé

La Transat des Alizés permet à tout plaisancier moyen de réaliser son rêve en franchissant 3000 milles à la voile pour atteindre les Antilles paradis des croisières ensoleillées, dans des eaux turquoises bordées de cocotiers.
Vivre dans une cabine de 3 m sur 6 avec 8 équipiers aux caractères différents est parfois difficile !
Une aventure de 24 jours de mer, sans escale, sans GPS et sans pilote, Des navigations pendant 25 nuits assez stressantes mais si belles.


Oublions Madame Bovary, nous sommes à l'écoute d'un spi léger. Ce 18 novembre 1987 à Casablanca, les rêves et les projets d'aventure des 4 dernières années se réalisent. Nous prenons le départ de la transat des alizés, en espérant que le N° 284 nous portera chance. Les 180 bateaux envoient leurs spis multicolores. La mer est d'huile. Un petit 6 à 7 noeuds de vent. Le spectacle ne nous déçoit pas. 1000 plaisanciers (skippers ou équipiers) sont au pied de leur Himalaya : 180 voiliers vont traverser l'océan atlantique, en course, pour arriver à Point - à - Pitre, en Guadeloupe, au pied de la soufrière.
Cette transat n'est pas une course comme les autres. Elle renoue avec les traditions d'amateurisme que les grandes courses au large ont fait quelque peu oublier. Point de machines à voile du genre "formule 1", ni skippers professionnels, ni show-biz. Elle permet à tout plaisancier moyen de réaliser son rêve en franchissant 3000 milles à la voile pour atteindre les Antilles paradis des croisières ensoleillées, dans des eaux turquoises bordées de cocotiers.


Notre skipper a le choix de deux itinéraires transatlantiques possibles. La route Nord directe ou Sud par les Canaries. Nous avons pris la mauvaise. Nous avons fait route sur celles-ci, au cap 240, sous spi. Escale de 36 heures dans ces îles. Ensuite nous sommes partis vers le sud au cap 250. Horreur ! Au lieu de trouver les alizés, nous avons progressé au plus près pendant 7 jours à cause d'une dépression tropicale. Nous avons navigué ensuite entre 16° et 18° de latitude nord au cap 280 avec un vent de secteur Est ( 10 - 15, une fois 40 noeuds) et une mer courte.


Notre bateau possède une garde robe de 10 voiles dont 2 spis sans enrouleur de génois. Hélas pour nous, le skipper est plus intéressé par l'état de ses vernis que par celui de la voilure. Conséquence : nous déchirons 6 voiles, éclatons un spi et cassons 2 drisses obligeant l'équipier le plus téméraire à grimper en haut du mât par 2 fois réparer en pleine mer, et à nous détourner sur les Canaries pour faire recoudre les voiles, nous prenons, dès le début, un bon retard.
A bord, la vie s'organise : nous savons que nous avons un minimum de 21 jours sans escale, il va donc falloir vivre le plus harmonieusement possible. Pas facile, quand l'espace se résume à une cabine de 3 m sur 6 et à des équipiers aux caractères différents. Au départ, c'était l'inconnu. Nous savions seulement que nous serions 8, arrivant d'un peu partout : 2 femmes, l'une d'un "certain âge, bigote et dépressive, réussit l'exploit de traverser l'Atlantique en chaussons de laine et en faisant du macramé ; l'autre, célibataire et réservée, a eu fort à faire avec un équipier : grand gamin ayant mal vécu sa puberté, plutôt porté sur le sexe. Un informaticien taciturne voisine avec un journaliste compétent et dynamique. Ajoutons un marocain musulman pratiquant, déçu par l'abondance des provisions en viande de porc.


Reste le skipper ! Ah le skipper ! Seul maître à bord après Dieu, usant de son autorité, comme il se doit, par des coups de gueule.... à faire frémir les baleines. Il n'a confiance que dans le "whisky" : celui de son verre et celui sur lequel il navigue. Pauvre "whisky", il n'arrivera que 115 ème sur 180 ! impossible pour nos douces épouses restées à terre de suivre la progression de leurs aventuriers ! Le Minitel n'affiche que les 60 premiers.
Tous les jours, un équipier est hors quart et fait la cuisine. Pendant 24 heures il ne prend pas la barre et ne participe pas aux manoeuvres sur le pont. Au cause du roulis ou de la gîte, il est impossible de dresser une table. Nous prenons nos repas ensemble, à heures régulières. L'eau de mer sert à la fois de douche rafraîchissante (dur, dur les quarts à la barre en plein soleil), à faire la vaisselle et la toilette : merci Solubacter !!


A bord, je suis le seul professionnel de santé. J'ai constitué, avant de partir, une bonne réserve de médicaments. Peu de problèmes. Quelques légers bobos et, plus sérieux un coup de tangon sur l'oeil. après des soins rapides la nuit, nous avons appelé le matin le SAMU de Toulouse par Saint Lys Radio. Une consultation radiophonique nous a été donnée.
Malgré l'aspect un peu folklorique, nous étions quand même embarqués pour la grande aventure. 24 jours de mer, sans escale. Pas de pilote électrique donc un équipier à la barre 1 H 30, l'oeil sur les voiles et le compas : un second veille sur le pont. Ensuite le premier allant se coucher, le second prend la barre. Nous dormons par tranches de 4 H 30 la nuit. Dans la journée, il faut assurer une présence derrière la barre de 2 H 30. Le but est, bien sur, d'aller le plus vite possible et de tenir les spis au maximum. Nous naviguons ainsi 12 jours, faisant des surfs à 15 noeuds. Une fois, nous avons parcouru 200 milles en 24 heures ( vitesse 8. 3 N). La nuit, il faut être très vigilant. Le port du harnais de sécurité est obligatoire. Un homme tombé à la mer en course est un homme mort.


Après 23 jours de mer et parfois de moments difficiles, notre bateau approche enfin des Antilles. Les radios locales sont reçues à bord et les poissons volants (ou exocets) viennent mourir sur le pont la nuit. La température de la mer frôle les 30°. A l'aube, le feu d'un phare apparaît. Quelques heures après, les îles sont visibles. Quant la soufrière se montre avec son chapeau de nuages, le rêve se finit et nous allons sortir les aussières pour amarrer le voilier à la marina de Pointe-à-Pitre dans un joli tintamarre que font les autres bateaux pour saluer notre arrivée. Et si c'était à refaire..... C'est Oui, mais cette fois avec une bonne équipe ! !!

Page mise à jour le 15 septembre 2010


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